« Banques d’affaires : small is beautiful »

la-tribuneL’introduction à la Bourse de New York de Moelis valorise cette petite banque d’affaires indépendante 1,35 milliard de dollars. Les « boutiques » détiennent désormais 19% du marché américain du conseil en fusions et acquisitions.

Sans doute moins glamour que les débuts à Wall Street de Weibo – le Twitter chinois – ou de Candy Crush, l’introduction de Moelis à la Bourse de New York n’en revêt pas moins un caractère symbolique. En effet, aucune banque d’affaires n’avait osé se faire coter à Wall Street depuis 2007, année au cours de laquelle la crise des « subprimes » (crédits hypothécaires américains risqués) avait éclaté, sonnant le début d’une descente aux enfers de plusieurs années pour le marché mondial des fusions et acquisitions.

Un marché qui, au cours des trois premiers mois de 2014, a connu son meilleur trimestre depuis 2007, justement, avec 668 milliards de dollars de transactions annoncées, soit un rebond de 28% par rapport à la même période de l’an dernier, selon l’agence Bloomberg.

Une valorisation de 1,35 milliard de dollars

Kenneth Moelis, le dirigeant et fondateur de la « boutique » de conseil en fusions et acquisitions éponyme, a saisi la balle au bond. Le 16 avril, l’ancien grand patron de la banque d’investissement d’UBS et ses associés ont cédé sur le marché new-yorkais 6,5 millions d’actions Moelis, au prix unitaire de 25 dollars.

Certes, compte tenu d’un marché des introductions en Bourse actuellement très encombré aux Etats-Unis, la petite banque d’affaires indépendante a dû revoir ses ambitions à la baisse, en vendant moins d’actions que les 7,3 millions initialement prévues, à un prix inférieur à la fourchette espérée de 26 à 29 dollars. Il n’en reste pas moins qu’une valorisation de 1,35 milliard de dollars constitue une jolie performance pour une entreprise créée en 2007 seulement.

Un bénéfice net multiplié par près de deux en 2013

Il faut dire qu’en sept petites années d’existence, Moelis a déjà travaillé sur 1.000 milliards de dollars de fusions et acquisitions. Et notamment sur deux des plus importantes opérations de l’an dernier, à savoir le rachat du ketchup Heinz par le célèbre financier américain Warren Buffett et le fonds d’investissement brésilien 3G Capital, pour 28 milliards de dollars (dette incluse), et la fusion à 26 milliards d’euros (36 milliards de dollars) entre les groupes de publicité Omnicom et Publicis. Des « deals » qui ont permis à Moelis de décrocher l’an dernier la 12ème place du palmarès mondial des banques-conseils en fusions et acquisitions réalisé par Bloomberg, son meilleur classement depuis sa création.

Résultat, forte d’un chiffre d’affaires en hausse de près de 7%, à 411 millions de dollars, Moelis a quasiment doublé son bénéfice net en 2013, à 70 millions de dollars. Et l’année 2014 s’annonce sous les meilleurs auspices, la banque tablant sur un chiffre d’affaires de 115 millions de dollars pour le seul premier trimestre, soit une envolée de 92% par rapport aux trois premiers mois de 2013.

Les boutiques détiennent 19% du marché américain du conseil en M&A

La « success story » de Moelis illustre bien la récente montée en puissance des boutiques indépendantes, face aux mastodontes du conseil en fusions et acquisitions comme Goldman Sachs et Morgan Stanley. L’an dernier, Moelis, Greenhill, Evercore et autre Centerview Partners se sont arrogé 19% du marché américain des M&A (en termes de revenus), contre 9% seulement en 2006, selon le cabinet Dealogic. C’est que la crise financière de 2008 a jeté une lumière crue sur les conflits d’intérêts avérés ou potentiels au sein des très grandes banques d’affaires, dont les revenus ne proviennent pas seulement du conseil en fusions et acquisitions, mais également des financements nécessaires à ces opérations.

Uniquement axées sur le conseil, les boutiques ne présentent pas ce risque de mélange des genres. Autre avantage des banques d’affaires indépendantes : leur taille, Moelis comptant quelque 300 collaborateurs seulement. Un atout non négligeable dans un métier où le souci de confidentialité des clients peut friser la paranoïa.

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/20140417trib000825818/banques-d-affaires-small-is-beautiful.html#xtor=EPR-2-%5BLactu+du+jour%5D-20140418